Les inquisiteurs
Ils ont réussi, ils ont perquisitionné nos valeurs
Dans nos cages à lapins, la queue bien basse
Jouant la charité, les promesses du chasseur
Dans sa besace, nos rêves de lutte des classes.
Sous les toits des immeubles, la séparation intellectuelle
S’ébroue malveillante comme un tique chassé à la ruelle
Les pensées s’évaporent dans un flottement de jurés
Crachées, aspirées dans les bouches de l’évacué.
La discorde gagne dans les discours gravés du faux
Copiés, reproduits sans indépendance des mots
Le graveur de la fortune échauffe ses rouages
Gagnant les oreilles d’une France inerte dans ses clivages.
Des laisser-passer sans souvenirs du massacrant
Le trac, les dégoûtés, les pseudonymes osant
S'embrouillent, se mélangent, se disputent
Pour essayer de vivre mieux sous leurs huttes.
Dans la cour des grands
Dans la cour des grands
On joue les charades
A deviner sûrement
Pour ne pas rester en rade.
Dans la cour des grands
On compte ses billes
En souriant bêtement
Quand elles se multiplient.
Dans la cour des grands
Les parties de cache-cache
Perdent les sentiments
Et l’amour se fâche.
Les jeux ne sont jamais
Comme chez les petits
Innocents et gais
Dans la cour des vieillis.
Dans la cour des grands
On joue à l’élastique
Les doigts sous les vêtements
Pour un tour épidermique.
Dans la cour des grands
On use les chaussures
Sans prendre le temps
D’apprécier l’aventure.
Les jeux ne sont jamais
Comme chez les petits
Innocents et gais
Dans la cour des vieillis.
Mais les grands aussi
Comme les enfants
Tombent bien souvent
Et s’écorchent les fesses
Sur l’asphalte de la vie.
Le pantonyme de l'amour
Je suis un pantonyme de l’amour
Un mélange de syndromes très vagues,
Des p’tits bouts définis au détour
D’aventures d’un temps avec ces dames.
Quand on m’écoute, j’tiens de beaux discours.
Y a pas de doutes, ils sont antonymes de ma raison.
Elle oscille au fil des histoires entre contre et pour,
Je suis un paradoxe de la déclinaison.
Mais c’est peut-être, oui peut-être…
Parce qu’j’n’ai pas trouvé mon synonyme,
Celle qui d’un coup d’œil rabattrait l’orgueil
De mon cœur de mâle sur les ailes d’un cygne.
Ça fait mal de ne pas partager mon patronyme.
Derrière mes allitérations, mes faux-semblants,
Je voudrai trouver mon accord, ma belle note.
Elle emporterait mon corps au lit des amants,
Mes draps trop bordés deviendraient notre litote.
Avec elle, j’écrirai des chansons sauvages
Chaque jour, une nouvelle déclaration.
Mes modèles, j’en ferai enfin usage
Et mon monde porterait son prénom.
C’est vrai, pour le moment, je suis seulement
Le Roi de la rhétorique aux yeux éteints.
J’en fais des métaphores, un brin coquin
Pour attirer les demoiselles, juste un temps.
Mais c’est peut-être, oui peut-être…
Parce qu’j’n’ai pas trouvé mon synonyme,
Celle qui d’un coup d’œil rabattrait l’orgueil
De mon cœur de mâle sur les ailes d’un cygne.
Ça fait mal de ne pas partager mon patronyme.
Alors peut-être, oui peut-être…
Que je t’attends
Pour enfin faire des rimes
Pleines de sentiments.
Au café d'la vieille rue
Au café d’la vieille rue, sur la place
On parle d’notre vécu, c’est cocasse.
Des histoires communes, pour Léon.
Lui conte son infortune, pour de bon.
Dans sa voix, on entend un air de larmes
Depuis plusieurs mois, il vit dans son drame.
Cher Léon, t’as perdu toute ta joie dans la tombe
Et c’est chez Gédéon qu’t’enterres tes ombres.
C’est toujours avec tendresse, qu’on te sert
Un café, une Guinness pour faire taire
Ce chagrin trop présent, sur la terrasse.
Personne ne voudrait être à ta place.
La belle Marguerite pour te faire rire
Entame une chanson qui t’attire
Pour un petit instant hors de la peine
Et c’est en souriant, que tu enchaînes.
Au café d’la vieille rue, les gens s’écoutent
Les perles salées se muent sur la route
De l’amitié donnée, en timides sourires
On se sent moins seul au verbe souffrir.
On conjugue le passé, en clins d’œil
Il faut bien rigoler même dans le deuil.
La vie continue et en vaut la peine
Alors Léon, le cœur vaincu dit « Amen ».
Sur le quai...
Sur le quai de la misère, les mouettes s’affolent
Il y a dans l’air, cette prière qui s’envole
Dispersant les oiseaux, dans l’air trop gris
Il n’y a rien de beau, dans ce souffle qui crie.
Les genoux en sang, les mains désespérées
L’écorchée du vent, pleure le vide laissé.
Comme une fin du monde, les nuages chassent le ciel
Pour une vagabonde qui hurle tout son sel.
Les bateaux chaloupent sur la mer agitée ,
Retenus par une corde, amarrés sur le quai
Dans ce désordre, les marins sont rentrés
Un seul manque à l’appel, la mer l’a tué.
Les sans rêve
Voir la face des destins nauséeux
De tous rêves, de toutes croyances
Comme s’il n’était plus possible l’Heureux,
Cet état rejeté comme une chimère rance.
Qu’ont-ils fait de notre conscience ?
Sombrer dans l’insouciance du renié
Jour après jour des claques d’ironies
Lèchent les coeurs de l’humanité
En mots taillés au tissu de la leucémie.
Le sang s’appauvrit, les idéaux meurs.
Des ciseaux amputent le bon vouloir
Déchiré en lambeaux, le renouveau.
Les pensées positives traversent les couloirs
De l’indigeste sombre qui vole les lueurs
Les malaxe et les recrache en riant.
L’état d’esprit battant est pris en grippe
Par ceux déjà malade du découragement
Crise, crime, éternuement contre l’idéal
Sortons nos mouchoirs en ralliement
Levons nos poings contre la fatalité.
Poème d'amour
J’irai bercer ses lunes quand viendra le jour
Cacher au creux des dunes, je lui ferai l’amour
Disparaître son écume sans faire de discours.
Je demanderai aux oiseaux de lui chanter
La grâce d’un sourire au soleil levant
Eveiller son désir à la douceur du vent.
Je soufflerai les feuilles mortes à ses pieds
Pour balayer l’automne bien trop présent
A son âme sourde aux autres saisons.
Je raviverai la flamme au fond de son âtre
Réchauffant ses lèvres d’un baiser doré
Pour ressusciter sa bouche au feu inavoué.
Et ses lunes laisseront place à la lumière
D’un sentiment d’une vie où les ombres
Ne l’habilleront plus de leur manteau sombre.
L'Humain d'abord
Imaginez un monde où les sourires
Seraient simplement naturels,
Imaginez ce lieu où souffrir
Ne serait plus un verbe mortel
Distiller par le gouvernement !
N’a-t’on pas assez de préoccupations
Avec la maladie, la mort,
Les peines de cœur, la civilisation
Qui détruit encore
Notre Terre déjà endommagée ?
Faut-il continuer à laisser les valeurs
S’enterrer sous des couches de lois
Abjectes, pour seules vecteurs
D’enrichir les plus riches ?
Faut-il fermer les yeux,
Se prosterner devant eux,
Ceux qu’on dénonce chaque jour
Leur donnant carte blanche
Pour leurs mauvais tours ?
Où alors pourrait-on retrouver
La dignité pour tout le monde,
Vivre enfin la solidarité,
Enterrer l’égoïsme qui gronde
Son mauvais rictus comme des bombes
Portées aux pieds de chaque être humain ?
Ensemble, ouvrons les yeux
Soyons enfin dignes d’avoir une âme.
« L’Humain d’abord »
Soyons d’accord.
Mourir l'indifférence
Combien de silences
Pour tuer un espoir ?
Combien de larmes
Faut-il verser à l’usure
Des rides de tristesse
Avant de s’embourber
Dans les berges
Du mépris boueux
Renvoyé par les yeux
Des esclaves de l’égoïsme ?
Combien de pas encore
Sans trébucher sur la révolte
Des oubliés, des bannis
De la vie misérable
Des robots sans âme
A la dérive du cœur
A la conscience égarée
Derrière la bulle desséchée
De l’humanité qui se meurt ?
Je rêve de l’éveil
De ces gens endormis
Au seuil de la réalité.
Je rêve de mourir
L’indifférence.
Aux tables des stratèges
Dans les grandes villes,
Les grandes tables,
L'étable des corrompus,
Les dîners des Judas
L’hostie à la bouche
Et l'arsenic dans les plats.
Les lieux in
Du m'as-tu vu,
Les flashs s'invitent
Aux desserts des élus.
Les tours de passe-passe
Entre l'entrée et la résistance
Qu'on met à la cave
Dans les poubelles des reniés.
Que seraient les politiques
Sans les lieux fric et chic,
Des assiettes, au menu les affaires
Des repas dignes des hautes sphères ?
Ça saigne, ça signe
D'une fourchette et d'un couteau,
Planté là,
Au milieu de notre dos.


